Quel type d'attaque avez-vous subi ?
Les premiers gestes dépendent de ce qui s'est passé. Sur une application métier ou une plateforme, les situations les plus courantes ne demandent pas la même réaction :
| Ce que vous constatez | Ce que cela peut signifier | Premier réflexe |
|---|---|---|
| Des commandes ou des virements que personne n'a passés | Comptes clients ou administrateurs détournés | Bloquer les comptes concernés, forcer le changement des mots de passe |
| Une page d'accueil modifiée, des liens inconnus | Accès en écriture au serveur ou au gestionnaire de contenu | Retirer le site de la circulation, conserver une copie en l'état |
| Un message annonçant la vente de votre base clients | Fuite de données, réelle ou bluffée | Examiner les journaux d'accès à la base, préparer la notification |
| Des fichiers chiffrés et une demande de rançon | Rançongiciel sur le serveur | Isoler la machine du réseau, ne pas payer |
| Une facture de cloud ou d'API qui s'envole | Clé d'accès volée et utilisée par un tiers | Révoquer la clé et en émettre une nouvelle |
Les premières heures : quels sont les réflexes officiels ?
Les réflexes officiels tiennent en cinq gestes, dont trois sont encadrés par des délais.
- Isoler sans effacer. La CNIL recommande de débrancher le câble réseau ou de couper le Wi-Fi de la machine touchée, de ne pas l'éteindre afin de conserver les preuves, et de ne pas payer de rançon. Pour une application hébergée, cela revient à couper l'accès public plutôt qu'à supprimer le serveur.
- Demander de l'aide. 17Cyber est un service gratuit d'assistance en ligne, accessible à toute heure, opéré par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr. Selon la Gendarmerie nationale, il s'adresse aussi aux entreprises : un diagnostic en ligne qualifie la menace, puis le service oriente vers les démarches utiles ou vers des experts, ce dernier accompagnement étant payant.
- Porter plainte. La Gendarmerie nationale rappelle que, depuis le 24 avril 2023, une entreprise victime d'une cyberattaque dans un cadre professionnel doit déposer plainte dans les 72 heures suivant la connaissance de l'attaque pour être indemnisée par son assureur.
- Notifier la CNIL si des données personnelles sont touchées. L'article 33 du RGPD impose une notification « dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance », sauf absence de risque pour les personnes. Le téléservice de la CNIL accepte une notification initiale, complétée ensuite, et toute violation doit être documentée en interne, même non notifiée. En cas de risque élevé, l'article 34 impose d'informer les personnes concernées dans les meilleurs délais ; nos repères sur le RGPD dans un logiciel métier complètent ce point.
- Prévenir l'assureur, l'hébergeur et les éditeurs des services touchés.
Que faut-il éviter dans l'urgence ?
Dans l'urgence, il faut surtout éviter les gestes qui détruisent les preuves ou rouvrent la porte à l'attaquant :
- restaurer une sauvegarde par-dessus le serveur attaqué, ce qui efface les traces de l'intrusion ;
- remettre l'application en ligne avant d'avoir trouvé le point d'entrée : l'attaquant reviendra par le même chemin ;
- modifier les réglages sans noter quoi, ni à quelle heure ;
- communiquer publiquement avant de connaître l'étendue de l'incident ;
- supposer qu'une sauvegarde est saine sans vérifier sa date et son contenu.
Tenez dès la première minute une main courante horodatée : qui a constaté quoi, quelles actions ont été menées. Elle servira pour la plainte, pour l'assureur et pour la CNIL.
Comment trouver par où l'attaquant est entré ?
L'analyse reconstitue une chronologie à partir des traces disponibles : journaux du serveur, de l'application et de la base de données, historique des connexions administrateur, journaux de l'hébergeur. Les questions sont toujours les mêmes : quel compte ou quelle faille a servi d'entrée, à quoi l'attaquant a-t-il eu accès, depuis quand, et a-t-il laissé un moyen de revenir (compte créé, fichier déposé, clé ajoutée) ?
Sur une application, les points d'entrée les plus courants sont connus : mot de passe administrateur réutilisé ou divulgué, bibliothèque comportant une faille publiée et jamais mise à jour, formulaire qui accepte des commandes à la place de données, fichier déposé par un utilisateur puis exécuté sur le serveur, clé d'API écrite en clair dans le code. Sans journaux, l'analyse devient une enquête par recoupements : c'est souvent la première leçon de l'incident.
Corriger, puis durcir : que change-t-on dans l'application ?
On corrige d'abord la faille exploitée, puis on durcit l'application pour que la même famille de failles ne puisse plus servir.
| Faille constatée | Correctif immédiat | Durcissement durable |
|---|---|---|
| Mot de passe administrateur compromis | Changement de tous les secrets, fermeture des sessions | Double authentification pour les comptes à privilèges |
| Dépendance vulnérable | Mise à jour vers une version corrigée | Inventaire des dépendances et veille sur les failles publiées |
| Injection dans un formulaire | Requêtes paramétrées sur l'écran touché | Revue de tous les points d'entrée de données |
| Clé d'API dans le code | Révocation et remplacement de la clé | Coffre à secrets, rotation régulière, historique du dépôt nettoyé |
| Droits trop larges | Retrait des accès inutiles | Moindre privilège, cloisonnement par rôle |
| Sauvegarde absente ou chiffrée | Reconstruction depuis la dernière copie saine | Règle 3-2-1 et tests de restauration |
Pour les sauvegardes, la CNIL recommande trois copies, sur deux supports différents, dont une déconnectée du réseau, et de tester régulièrement la restauration. Les bases sont détaillées dans notre guide pour sécuriser une application métier. Une fois les correctifs en place, un test d'intrusion mené par un tiers vérifie que les portes sont réellement fermées.
Comment surveiller pour ne pas revivre l'incident ?
La surveillance repose sur des journaux conservés hors du serveur applicatif et sur quelques alertes simples : connexion administrateur à une heure inhabituelle, export massif de données, pic d'échecs d'authentification, création d'un compte à privilèges. La CNIL rappelle que les attaquants exploitent souvent des failles connues, généralement déjà corrigées par les éditeurs : appliquer les mises à jour fait partie de la surveillance.
La préparation compte autant. Cybermalveillance.gouv.fr propose SenCy-Crise, un parcours en ligne gratuit d'initiation à la gestion de crise cyber destiné notamment aux PME, aux associations et aux collectivités, organisé en trois modules : avant, pendant et après la crise. Si votre entreprise entre dans le champ de la directive NIS 2, d'autres obligations s'ajoutent ; notre guide NIS 2 pour les PME aide à le vérifier.
Ce que YMHB Web fait concrètement après un incident
YMHB Web dispose de compétences internes en cybersécurité, dont la veille sur les menaces (Cyber Threat Intelligence), qu'elle met au service de la partie applicative : récupération des accès, analyse du code et des journaux de l'application, correctifs, durcissement, remise en service par étapes et mise en place de la surveillance. Nous travaillons en lien avec votre assureur, votre hébergeur et, s'il y en a un, le prestataire qui traite le reste du système d'information.
À la fin, vous recevez un rapport qui décrit la chronologie établie, les failles trouvées, les corrections apportées et les points encore ouverts. Le code corrigé reste déposé sur vos comptes.
Ce qui ne relève pas d'un développeur
Une partie de la réponse à un incident ne relève ni d'un développeur ni d'un logiciel sur mesure.
- L'investigation de tout le système d'information (postes, messagerie, annuaire) relève d'un prestataire de réponse aux incidents ; l'ANSSI publie un référentiel d'exigences pour qualifier ces prestataires de réponse aux incidents de sécurité, dits PRIS.
- L'assistance de proximité : Cybermalveillance.gouv.fr met en relation les professionnels avec des prestataires labellisés ExpertCyber, un label délivré à l'issue d'un audit réalisé par AFNOR Certification.
- Le volet juridique : responsabilité envers les clients, contrats et échanges avec l'assureur relèvent de votre avocat.
- La communication de crise auprès des clients et du public, si l'incident devient visible.
Questions fréquentes
Faut-il porter plainte après une cyberattaque contre son application ?
Oui, porter plainte est recommandé et conditionne souvent l'indemnisation. Selon la Gendarmerie nationale, depuis le 24 avril 2023, une entreprise victime d'une cyberattaque dans un cadre professionnel doit déposer plainte dans les 72 heures suivant la connaissance de l'attaque pour être indemnisée par son assureur. Le service 17Cyber oriente vers les démarches adaptées, dont la plainte en ligne.
Dans quel délai prévenir la CNIL après une fuite de données ?
Le RGPD impose de notifier une violation de données personnelles à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, au plus tard 72 heures après en avoir pris connaissance, sauf si la violation ne présente pas de risque pour les personnes. La CNIL accepte une notification initiale, complétée ensuite. Toute violation doit de toute façon être documentée en interne par l'entreprise.
Faut-il payer la rançon demandée ?
La CNIL recommande de ne pas payer de rançon. Payer ne garantit ni la restitution des données, ni l'absence de nouvelle attaque, ni la suppression des données copiées. La priorité est d'isoler la machine touchée sans l'éteindre, de conserver les preuves, de porter plainte et de reconstruire à partir d'une sauvegarde saine, une fois le point d'entrée identifié.
Quand peut-on remettre l'application en ligne ?
Une application attaquée ne doit revenir en ligne qu'à trois conditions : le point d'entrée de l'attaquant est identifié, la faille est corrigée, et aucun accès persistant (compte créé, clé ajoutée, fichier déposé) ne subsiste. Une remise en service par étapes, d'abord pour quelques utilisateurs internes et sous surveillance renforcée, limite le risque de récidive.
Faut-il prévenir ses clients après une fuite de données ?
Prévenir les clients devient obligatoire lorsque la violation de leurs données personnelles est susceptible d'engendrer un risque élevé pour leurs droits et libertés : l'article 34 du RGPD impose alors de les informer dans les meilleurs délais. Dans les autres cas, la notification à la CNIL et la documentation interne suffisent. L'évaluation du niveau de risque se fait au cas par cas, idéalement avec votre conseil juridique.
Qu'est-ce que 17Cyber ?
17Cyber est le service public gratuit d'assistance aux victimes de cybermalveillance, accessible en ligne à toute heure. Il est opéré par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr, et s'adresse aux particuliers comme aux entreprises. Un diagnostic en ligne identifie la menace, puis le service donne des conseils, oriente vers la plainte en ligne ou propose un échange avec un policier ou un gendarme.
À lire aussi
Sources
- CNIL, Sécurité des données : les règles essentielles (mise à jour du 19 juin 2026)
- CNIL, Notifier une violation de données personnelles (téléservice)
- CNIL, texte du RGPD, chapitre IV (articles 33 et 34)
- Gendarmerie nationale, « 17Cyber, le réflexe cyber pour tous » (2 avril 2026)
- 17Cyber, assistance en ligne aux victimes de cybermalveillance
- Cybermalveillance.gouv.fr, SenCy-Crise, initiation à la gestion de crise cyber (page modifiée le 17 août 2026)
- Cybermalveillance.gouv.fr, Sécurisation et cybersécurité des professionnels (label ExpertCyber)
- ANSSI, Référentiels d'exigences pour la qualification (PASSI, PRIS)
