Le code de votre application vous appartient-il ?
Seulement si un contrat écrit vous cède les droits : en France, le prestataire qui a écrit le code en reste titulaire tant qu'aucune cession écrite n'est signée, même lorsque toutes les factures sont réglées.
Le Code de la propriété intellectuelle protège le logiciel comme une œuvre de l'esprit (article L. 112-2, rappelé par l'INPI) et précise qu'un contrat de louage d'ouvrage ou de service, comme une commande, ne prive pas l'auteur de ses droits (article L. 111-1). Pour transférer ces droits, la cession doit être écrite (article L. 131-2), chaque droit cédé doit faire l'objet d'une mention distincte, et le domaine d'exploitation doit être délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée (article L. 131-3), deux exigences que rappelle aussi la fiche du ministère de la Culture sur les aspects contractuels du droit d'auteur. Relisez votre contrat avec cette grille :
| Ce que prévoit votre contrat | Votre situation probable | Ce que vous pouvez réclamer |
|---|---|---|
| Une clause de cession qui liste les droits (reproduction, modification, adaptation, distribution) et leur domaine | Vous êtes cessionnaire des droits sur le code livré | Le code source complet, sa documentation et tous les livrables prévus |
| Une formule vague (« le client sera propriétaire ») ou un devis sans clause sur les droits | Situation incertaine : la cession risque d'être jugée insuffisante | Les livrables prévus ; faites analyser la clause par un avocat |
| Une licence d'utilisation | Vous utilisez le logiciel sans pouvoir le modifier librement | Ce que la licence prévoit, parfois un accès au code en cas de défaillance |
Le cadre complet est expliqué dans le guide propriété du code source et réversibilité.
Une copie du code suffit-elle pour le faire évoluer ?
Non : détenir une archive du code ne donne pas le droit de le modifier ni de le confier à un autre développeur, car l'article L. 122-6 réserve ces droits à l'auteur ou à son cessionnaire.
Sans cession, la personne qui a le droit d'utiliser un logiciel ne dispose que d'exceptions limitées, prévues par l'article L. 122-6-1 comme par l'article 5 de la directive européenne 2009/24/CE, dont : les actes nécessaires à une utilisation conforme à sa destination, y compris, sauf réserve au contrat, la correction d'erreurs ; une copie de sauvegarde lorsqu'elle est nécessaire ; l'observation et l'étude de son fonctionnement. De quoi parer au plus pressé, pas développer une nouvelle version : avant qu'un nouveau prestataire travaille sur le code récupéré, réglez la question des droits, idéalement par un avenant de cession signé par l'ancien prestataire.
Que faut-il récupérer, et où le trouver ?
Le code source n'est qu'une pièce : une application en production dépend de plusieurs comptes distincts, parfois ouverts par le prestataire à son propre nom.
| Élément | Où vérifier qui en est titulaire | Comment le récupérer |
|---|---|---|
| Code source et historique | Le dépôt Git (GitHub, GitLab, Bitbucket) : à quel compte ou organisation appartient-il ? | Transfert du dépôt vers l'organisation de votre entreprise, ou export complet avec tout l'historique |
| Nom de domaine | Le service Whois du registre ; pour un .fr, celui de l'Afnic | Transmission par le bureau d'enregistrement, après confirmation de l'ancien et du nouveau titulaire |
| Hébergement, base de données, fichiers déposés par les utilisateurs | La console de l'hébergeur et le nom porté sur les factures | Export de la base et des fichiers, puis changement de titulaire du compte ou migration |
| Applications iOS et Android | Le titulaire du compte App Store Connect et du compte Google Play Console | Transfert de l'application, lancé depuis le compte d'origine ; Apple comme Google conservent les avis et les utilisateurs |
| Services tiers : paiement, envoi d'e-mails, cartographie, clés d'API | Le tableau de bord de chaque service | Ouverture de comptes à votre nom, puis remplacement des clés dans la configuration |
| Documentation et secrets | Le dossier du projet | Guide d'installation et de déploiement, liste des variables de configuration, clés de signature des applications mobiles |
L'Afnic décrit, dans son guide du titulaire, le cas du prestataire informatique qui enregistre le nom de domaine de son client à son propre nom, « par souci de simplicité ou de facilité » : c'est le premier point à vérifier.
Comment formuler la demande au prestataire ?
Par écrit, avec une liste fermée de livrables et une date limite, en vous appuyant sur le contrat et sur les factures réglées.
- Rassemblez les preuves : contrat ou devis signé, cahier des charges, factures et justificatifs de paiement, échanges écrits.
- Listez exactement ce que vous attendez : accès propriétaire au dépôt de code, export de la base de données, transfert des comptes stores et du nom de domaine, documentation de déploiement, identifiants des services tiers.
- Fixez un délai raisonnable et proposez une séance de passation avec votre futur prestataire : une demande cadrée passe mieux qu'une réclamation vague.
- Passez à la lettre recommandée avec accusé de réception si l'e-mail reste sans suite, pour dater la demande.
Et si le prestataire refuse ou ne répond plus ?
Montez d'un cran à chaque étape en gardant une trace écrite, et faites intervenir un avocat dès que le blocage se durcit : cette page donne des repères, pas un conseil juridique adapté à votre contrat.
- La mise en demeure : une lettre, rédigée par vous ou par votre avocat, qui rappelle l'obligation, liste les éléments attendus et fixe un délai avant toute action.
- La médiation : la médiation conventionnelle fait intervenir un tiers, rémunéré par les parties, pour trouver un accord confidentiel. Selon Entreprendre Service Public, elle aboutit à un accord dans près de 70 % des cas, et elle s'impose avant tout procès si votre contrat contient une clause de médiation. Entre professionnels, le Médiateur des entreprises est une autre voie.
- Les procédures propres au nom de domaine : pour un .fr, l'Afnic propose deux procédures alternatives de résolution des litiges, SYRELI, qu'elle gère, et PARL EXPERT, gérée avec l'OMPI.
- Le juge, en dernier recours, saisi par votre avocat selon l'urgence et les enjeux.
Si le prestataire retient le code pour une facture contestée, le litige est d'abord contractuel. Une fois le code obtenu, la page reprendre un logiciel abandonné décrit l'audit et les options de reprise.
Comment éviter de revivre la situation ?
En exigeant dès la signature que tout soit ouvert à votre nom et livré au fil de l'eau, pas seulement en fin de projet.
- Une clause de cession écrite, droit par droit, qui s'applique à chaque version livrée.
- Un dépôt de code créé dans l'organisation de votre entreprise dès le premier jour, le prestataire y étant invité.
- Le nom de domaine, l'hébergement et les comptes développeur Apple et Google au nom de votre entreprise.
- Une documentation d'installation et de déploiement tenue à jour.
- Pour un logiciel concédé sous licence, un dépôt du code chez un tiers, comme le service d'entiercement de l'INPI, qui garde des documents confidentiels jusqu'à ce que les conditions d'accès fixées au dépôt soient réunies.
Chez YMHB Web, le code appartient au client au paiement intégral : il est déposé chez lui, documenté et écrit en technologies standard, pour qu'une autre équipe puisse le reprendre. Les clauses à prévoir sont détaillées dans le guide du contrat de développement logiciel, et la notion dans la définition de la réversibilité.
Questions fréquentes
- Un prestataire peut-il garder le code source d'une application payée ?
- Oui, si le contrat ne contient pas de cession écrite des droits. Le Code de la propriété intellectuelle prévoit qu'un contrat de commande ne prive pas l'auteur de ses droits, et qu'une cession doit être écrite, avec une mention distincte pour chaque droit cédé. Le paiement prouve la prestation, pas le transfert des droits. Les livrables prévus au contrat restent en revanche exigibles.
- Comment savoir qui est titulaire de mon nom de domaine ?
- Le titulaire d'un nom de domaine est la personne inscrite dans la base Whois du registre. Pour un nom de domaine en .fr, le service Whois de l'Afnic permet de le vérifier. Si le prestataire y figure à la place de votre entreprise, demandez-lui de transmettre le nom de domaine : la transmission passe par le bureau d'enregistrement, après confirmation des deux parties.
- Peut-on transférer une application mobile sur son propre compte développeur ?
- Oui. Apple et Google prévoient le transfert d'une application d'un compte développeur à un autre. Chez Apple, l'application garde ses notes, ses avis et son identifiant, et les utilisateurs continuent de recevoir les mises à jour ; sur Google Play, les utilisateurs, les notes, les avis et la fiche suivent l'application. Dans les deux cas, le transfert est lancé depuis le compte d'origine.
- Faut-il un avocat pour récupérer le code source de son application ?
- Pas toujours : une demande écrite et précise, adossée au contrat, peut suffire quand le prestataire est simplement débordé. Un avocat devient utile dès que le prestataire refuse, conteste une facture ou ne répond plus, pour rédiger la mise en demeure, proposer une médiation et, si nécessaire, choisir la procédure judiciaire adaptée. La réponse dépend de la rédaction exacte du contrat.
- Qu'est-ce que l'entiercement du code source ?
- L'entiercement consiste à confier une copie du code source et de sa documentation à un tiers de confiance, qui ne la remet au bénéficiaire que dans des cas prévus à l'avance, par exemple la disparition de l'éditeur. L'INPI propose un service d'entiercement en ligne : les documents restent confidentiels jusqu'à ce que les conditions d'accès définies lors du dépôt soient réunies. Il protège surtout les logiciels concédés sous licence.
À lire aussi
- Propriété du code source : cession des droits, réversibilité
- Reprendre un logiciel abandonné par son prestataire
- Contrat de développement logiciel : les clauses clés
- Réversibilité informatique : définition et exemples
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Sources
- Code de la propriété intellectuelle, article L. 111-1 (Légifrance)
- Code de la propriété intellectuelle, article L. 122-6 (Légifrance)
- Code de la propriété intellectuelle, article L. 122-6-1 (Légifrance)
- Code de la propriété intellectuelle, article L. 131-2 (Légifrance)
- Code de la propriété intellectuelle, article L. 131-3 (Légifrance)
- INPI, Cas particulier : les logiciels (droit d'auteur, article L. 112-2)
- INPI, Déposer une e-Soleau ou un entiercement (14 janvier 2025)
- Apple Developer, Overview of app transfer (App Store Connect)
- Aide Console Play, Transférer des applications vers un autre compte de développeur
- Entreprendre Service Public, Résolution amiable : médiation conventionnelle (fiche F34631, vérifiée le 1er septembre 2025)
- Entreprendre Service Public, Réserver le nom de domaine d'un site internet (fiche F31594, vérifiée le 23 avril 2026)
- Afnic, Guide pratique du titulaire de nom de domaine en .fr (2024)
- Ministère de la Culture, bureau de la propriété intellectuelle, fiche technique n° 3 : les bénéficiaires de la protection (CPI, articles L. 111-1 et L. 131-3)
- Ministère de la Culture, bureau de la propriété intellectuelle, fiche technique n° 6 : les aspects contractuels (CPI, articles L. 131-2 et L. 131-3)
- EUR-Lex, Directive 2009/24/CE concernant la protection juridique des programmes d'ordinateur (articles 4 et 5, droits de l'auteur et exceptions de l'utilisateur légitime)